La vie en couleurs – Lillian

Je vous présente Lillian, une jeune canadienne qui vit à Edmonton, dans la région d’Alberta au Canada où elle est médecin. J’ai beaucoup aimé la rencontrer et je souhaite que son histoire vous fasse découvrir de nouvelles choses, qu’elle vous encourage et peut-être que vous trouverez aussi des similitudes avec votre propre histoire ?

La nouvelle Collection d’Histoires est lancée, vous les retrouverez sous le thème de “La Vie en Couleurs” ou “L’Amour en Couleurs” sur YEBO. Je vous laisse découvrir la toute première de la série “La Vie en Couleurs”. Un grand merci à Lillian pour son partage ! 🙂

Lillian est née au Canada, mais ses parents eux sont d’Hong-Kong. Sa maman est arrivée au Canada à l’âge de 12 ans et son père à 18 ans. Ils se sont rencontrés sur les terres canadiennes. Lillian est donc la première génération, née et élevée au Canada. Quand elle a visité Hong-Kong, elle pensait vouloir s’y installer, elle s’identifiait à la culture et la nourriture, mais finalement, en grandissant, elle a réalisé qu’elle était plus occidentale.

Comment tu t’es sentie quand tu as visité la Chine ? Je me suis mélangée parce que je leur ressemble, mais dès que je commençais à parler, ils savaient. Je ne parlais pas très bien chinois, j’ai un accent quand je parle cantonais. 
Te sens-tu canadienne ?  Oui, beaucoup. Je m’identifie d’abord comme canadienne, ensuite comme chinoise. Je suis très patriotique au Canada. J’aime mon pays, je suis fière d’être canadienne. 
Est-ce que tu penses que le Canada a un système d’intégration ? Oui, ils sont connus pour être multiculturels. Il y a beaucoup d’immigrés, en grandissant on m’a toujours appris que le Canada est très multiculturel, qu’ils acceptent les différentes cultures, tu n’as pas besoin d’être “canadien”. Si tu compares avec les USA, c’est un melting pot mais quand tu deviens américain, tu dois assimiler leur culture alors qu’au Canada, je pense que c’est moins le cas, ils t’encouragent à vivre ta propre culture. L’ancien premier ministre a fait du bon boulot, il a soutenu le côté multiculturel. Je ne dis pas que c’est facile d’être un immigré, il faut encore apprendre le langue.
Est-ce que c’était difficile pour tes parents de partir vivre au Canada ? Oh oui ! Ma mère a déménagé avec toute sa famille, ils étaient une minorité dans une petite ville, Leftbridge, c’était dans les années 70, il y avait beaucoup de racisme, elle était harcelée à l’école, ils la traitaient de beaucoup de noms…C’était difficile à cette époque d’être Chinois dans cette population. Pour mon père, c’était à peu près la même chose, aussi du racisme, on l’appelait « China man », mais je pense que sa plus grande difficulté était la langue, il ne parlait pas anglais quand il est arrivé au Canada pour étudier, il a commencé de zéro. Avec les finances…tu sais, ils n’avaient pas grand chose. Ils travaillaient dur. 
Est-ce que tu penses qu’ils t’ont éduqué d’une certaine manière à cause de ce qu’ils ont vécu ? C’est intéressant, mes parents, ils ne parlent pas beaucoup de leur passé. C’est intéressant parce que quand tu deviens parents… Je crois qu’en tant que jeune on veut « être reconnu » mais quand ils sont devenus parents, je crois qu’ils ont perdu cela, ils ont tellement donné pour nous élever et ils ne demandent rien en retour. Alors, je n’ai entendu que quelques histoires de ce qu’ils ont vécu, ils ne m’en parleront pas eux-mêmes. Je pense qu’il y a des familles où les parents diraient des choses comme « tu dois vérifier toutes les opportunités parce que ta mère et moi on avait pas cette chance-là », mais ils n’ont jamais dit cela. Ce qui je pense est différent de la norme, ils m’ont dit de poursuivre ce que je voulais. Ils m’ont juste dit de faire de mon mieux, dans tout ce que je fais, de faire de mon mieux et de laisser le résultat à Dieu, c’est ce que c’est et de finir ce que j’ai commencé, c’est tout. Ils me soutiennent beaucoup, ils ne disent pas beaucoup de choses comme « j’ai beaucoup travaillé alors il faut que toi aussi », il n’y a pas de culpabilité. C’est très libérateur de grandir comme cela, je pense que plus j’avance dans la vie, plus j’apprécie mes parents. Je réalise que j’apprends encore de ces choses qu’ils ne m’ont pas dites, je peux voir combien ils se sont sacrifiés pour nous. J’essaie d’apprécier cela d’eux et de leur montrer mon appréciation en retour et cela sans forcément utiliser des mots.   
Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ta scolarité ? Ma première langue quand j’étais enfant était le cantonais et j’ai commencé à apprendre l’anglais à l’école. J’ai le net souvenir que j’ai eu peur d’avoir un accent chinois en parlant anglais. Je ne sais pas d’où j’ai pu entendre cet accent, peut-être d’amis de la famille, mais je savais que cela existait et moi je voulais vraiment m’intégrer. Alors je me rappelle avoir pris une décision de manière très consciente, celle que je ne parlerais plus le chinois à la maison, je parlerais seulement l’anglais parce que je voulais être vue comme une des leurs, je ne voulais pas être différente à l’école. C’est pourquoi je ne sais plus parler chinois et mes parents ne m’ont jamais forcé à parler chinois à la maison. Ils parlent aussi anglais la plupart du temps, ils ont immigré quand ils étaient jeunes adultes, ils n’ont pas vraiment d’accent quand ils parlent anglais, enfin peut-être que mon père a un accent très léger mais ils font canadiens. 
Y’a-t-il des valeurs qu’ils t’ont transmises ? Certaines cultures ont une éthique de travail, je ne pense pas que ce soit propre aux Chinois. Mais pour sûr, la réussite, le sacrifice, la famille, le respect des anciens, toutes ces valeurs, je suis reconnaissante envers mes parents de nous avoir élevé dedans, ma sœur et moi, plus les valeurs chrétiennes et le fait d’honorer ses parents, grand-parents, de respecter l’autorité, de bien travailler, de faire de ton mieux quelques soient les circonstances, de finir ce que tu as commencé et le reste, tu peux faire tout le reste. Tu dois juste faire de ton mieux et ça c’était tout ce qui était important pour eux. Parce que tu sais, j’ai entendu des histoires, surtout dans les familles avec des parents d’origine chinoise, qui disent des choses comme « tu as obtenu 98% mais où sont les 2% restants ? » Mes parents n’ont jamais dit cela. Je crois que c’est ce qui mélange la culture occidentale avec la culture chinoise. Ils ont transmis certaines valeurs pour lesquelles je suis reconnaissante mais ils ne nous ont pas exigé des choses comme « nous ne voulons que des A ! », non seulement, « fais de ton mieux ». Ils ont célébré nos réussites, on allait manger des glaces quand on passait une classe, ils nous faisaient des certificats « La bourse d’étude de maman et papa, nous sommes tellement fiers de vous ! », ils nous donnaient ces papiers pour nous encourager. 
Comment décrirais-tu la vie en couleurs…? On me fait des remarques à l’hôpital, particulièrement les patients les plus âgés, très canadiens, très occidentaux, ils me posent des questions comme « d’où viens-tu ? Où es-tu née ? » en s’attendant à ce que je leur réponde que je suis née chinoise, parfois je me sens offensée. Ils veulent être gentils et créer une conversation mais je pense que les choses changeront avec la prochaine génération, ils seront habitués à une culture colorée et mélangée. Donc quand mes patients âgés me demandent cela, je leur réponds que je suis canadienne. Ça me dérange un peu mais j’essaie…je pense que je considère mon mélange parfait ! Quand j’étais jeune, j’avais des problème d’identité, je ne savais pas très bien si j’étais chinoise ou canadienne. 
Comment as-tu géré cela ? Je pense que j’ai fait quelques recherches, tout le monde a des insécurités dans son adolescence, j’avais les miennes « qui suis-je? », je donnais de l’importance à ce que les gens pensaient de moi. Maintenant que je suis plus âgée, je suis juste heureuse de savoir que je suis canadienne, je suis fière mais cela ne signifie pas que j’oublie mon côté chinois, j’aime la nourriture chinoise, c’est un bon mélange, je sens que j’ai des valeurs que mes parents m’ont donné. C’est comme le beige, une parfaite couleur. Je suis confiante en qui je suis, je me sens bien dans mon identité. Je suis génétiquement chinoise mais culturellement canadienne. C’était une grâce immense pour moi qu’ils ne m’aient pas forcé à parler chinois à la maison parce que j’avais l’impression que j’étais intégrée à l’école, ils m’ont laissé trouver ma propre identité plutôt que de me forcer. 
Est-ce que tu as déjà vécu le racisme ? Je ne crois pas. Des gens font des commentaires, mais comparé à ce que d’autres personnes ont vécu en terme de racisme, ce n’est rien. Parfois des gens disent « konichiwa », ils supposent que tu es japonais, ou des choses comme « est-ce que tu aimes les sushis ? », ou encore dans la rue, ils disent « ni hao ni hao » parce qu’ils veulent entreprendre quelque chose, je ne pense pas qu’ils aient une intention méchante, mais des fois c’est vrai qu’un « tu peux dire Bonjour » serait bien. Ça m’est arrivé dans ma ville mais surtout à l’étranger. Le truc marrant c’est que lorsque nous voyageons, les gens partent du principe que nous sommes chinois, de Chine, parce qu’il y a beaucoup de tourisme alors je dis « Salut, je suis canadienne », je parle anglais, du coup ils sont surpris « ooooh ! Tu parles anglais ! » 
Est-ce que tu le vis bien ? Oui, ce n’est arrivé que quelques fois. Le seul regret que j’ai c’est que je ne peux pas avoir de vraie relation avec mes grand-parents. Je ne sais pas ce que c’est d’avoir des grand-parents avec qui partager et recevoir de la sagesse parce que je ne parle pas chinois, alors nous avons une relation superficielle. –